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Evguénie Sokolov est un roman, “conte parabolique” écrit par Serge Gainsbourg et publié chez Gallimard en 1980.

 

On découvre l'histoire d'un jeune peintre français d'origine slave, talentueux, reconnu, chef de file du courant de l'hyperabstraction qui doit son succès à ses “vents” : il peint en profitant des vibrations offertes par ses pets.

 

Il est dans cet ouvrage fait le récit de la vie d'Evguénie Sokolov. Dès sa plus petite enfance, le souvenir de ses fréquentes, abondantes et nauséabondes flatulences marque l'artiste qu'il deviendra. Il évoque ses méfaits, tant auprès de sa nourrice “aux seins pullman” que ses lâchages en cours de latin, les écrits de Catulle le passionnant guère. Il entre aux Beaux-Arts pour la principale raison qu'il est expulsé du collège pour indiscipline. Enchaînant sur un service militaire d'où, après être passé E.O.R du fait de ses études secondaires et parce qu'il asphyxiait sa chambrée, il sort lieutenant, mais perd vite son grade pour outrage à la nation.

 

Ayant fait ses classes et acquis la maîtrise graphique, Sokolov progresse peu à peu dans le domaine de l'art. D'abord auteur d'une BD à succès, Crepitus ventris, l'homme à réaction, l'artiste explose littéralement lorsqu'il découvre une faculté particulière. Assis sur une sorte de chaise à ressort, amplifiant les vibrations, Sokolov peint dès lors ses pets, sorte de séismogrammes qu'il intitule “gazogrammes”. Encouragé par le galeriste Zumsteeg-Haumptmann, les ventes et les expositions s'enchaînent, dans les plus prestigieux musées du monde.

 

Après un bref passage à vide, Evguénie découvre comment son régime alimentaire influe sur sa création. Il adapte donc ses repas en fonction de ses créations du moment. Mais la consultation d'un proctologue devient bientôt nécessaire, tant sa pratique artistique le fait souffrir. Les commandes prestigieuses, qu'il s'agisse de clients privés ou de celle d'une ambassade de Moscou, sont exténuantes pour l'artiste, qui doit dans ces cas beaucoup donner de soi, les grandes surfaces étant épuisantes pour son organisme.

 

Son seul réconfort, après la mort de son chien, aussi gazogène que lui, est l'amour pédophile qu'il porte à Abigaïl, fillette d'un de ses commanditaires. Son mal-être s'accroît, son interview fiasco avec les gens de la NBC lui fait beaucoup de mal, il décide alors de se suicider. Sauvé in extremis, sa santé décline néanmoins très rapidement. Il s'éteint dans un dernier soupir.

 

Extrait :

 Ce soir-là j’acceptai pour la première fois de me laisser approcher par un journaliste. Ceci à cause du bruit qui régnait dans la place et qui masquerait durant l’interview pensais-je celui de mes flatulences, lesquelles étaient devenues de moins en moins contrôlables. Mais les questions de l’Américain, envoyé par la N.B.C., National Broadcasting Corporation, se voulaient insidieuses du genre, Sokolov what is your political position about art, [...] mais alors qu’il essayait de me cerner par des questions plus perfides, je réalisai soudainement que les invités s’étaient tus, fascinés par le ton hargneux de mes réponses. Me sentant perdu dans le silence à présent total, je pris un air glacé, mister l’intellectuel lui dis-je, about my painting, let me just say this, et lui arrachant le microphone je le portai d’un geste vif à mon fondement d’où j’extirpai un vent d’une telle densité que je sentis les fèces me couler dans les jambes. Les témoins reculèrent, suffoqués par l’odeur, tandis qu’à proximité de la caméra l’ingénieur du son, l’aiguille de son vu-mètre sans doute bloquée à plus trois décibels, vacillait sous l’impact de ce gaz injecté directement dans son cerveau par ses écouteurs de contrôle.

Les Américains passèrent l’intégralité de l’interview, c’est-à-dire avec pet, et vendirent la séquence un peu partout dans le monde où l’on ne se priva point de la diffuser, diffusions donc multiples créant un processus en chaîne où mon gaz prit la force d’une charge nucléaire qui ébranla la terre entière.

 

Bonne lecture au lit... peut être ... à vous de voir...!

 

Et maintenant quelques conseils sur LE PET :

Auteur « Kiki la doucette décembre 2003 »

 

Un pet mal contrôlé peut ruiner une vie

Sauf dans les lieux d'aisance, il nous est interdit!

Imaginez un peu: vous pétez à la messe :

Il faut absolument s'accuser à confesse

 

D'avoir ainsi troublé cette cérémonie

Qui ne peut supporter que le blanc des surplis!

Vous pétez au bureau? Alors il faut veiller

Avec grande attention à l'air renouvelé

 

Pour ôter les poisons et toute pestilence,

Vaporisez bien vite un doux parfum d'ambiance !

Péter un peu au lit, ce n'est pas interdit,

Mais on ne peut le faire avec n'importe qui:

 

Il est de gros bougons dont le fier odorat

Décèle illico les parfums scélérats

Qu'un pet incontinent laisse flotter souvent,

Qu'on ne peut supprimer qu'en étant sous le vent!

 

Vous pensez qu'un long pet est une forfaiture?

Si vous le modulez, bien assis en voiture

En soulevant parfois la fesse, pour changer

Les bruits que fait le vent que vous vous extorquez,

 

Vous pouvez obtenir des mélodies subtiles

Qui aux yeux des chercheurs de sons sont bien utiles!

N'hésitez pas alors à les enregistrer

Pour, peut-être, un beau jour, trouver célébrité!

 

Il est des pets mondains qui se veulent discrets

Mais laissent derrière eux l'ambiance parfumée

De mainte porcherie, qui, même bien tenue

Recèle des relents qui manquent de vertu !

 

De ces pets impromptus et qui vous assassinent

Qu'on affuble, chez nous, du doux nom de bessine

On ne peut alléguer qu'ils viennent du voisin

Et tourner les talons comme ça, mine de rien !

 

Un parfum très puissant nous suit et nous dénonce

Au courroux général, et bien des nez se froncent

Quand, passant auprès d'eux, on laisse s'échapper

Quelques relents d'égouts aux vapeurs sulfurées…

 

Et ces pets triomphants qui ébranlent les trônes

De ces rois satisfaits qui, par ces bruits, couronnent

Un repas trop copieux où ils ont abusé

De vaillants haricots qu'on nomme flageolets,

 

Oui, ces pets triomphants sortis de culs augustes

Ne sont pas plus glorieux que ceux que l'on déguste

Quand, assis sur le trône en un beau cabinet,

On se donne la joie de péter en secret !

 

Péter en compagnie, demande de l'étude

Il ne faut pas non plus en faire une habitude

Et croire que l'on peut péter impunément

Devant de bons amis qui s'offusquent souvent !

 

Une femme qui pète est mal considérée

Et l'oreille à l'entendre est souvent sidérée

Comme si de ce cul qu'on adore et adule

Il ne devrait sortir que de divines bulles !

 

On peut gâcher ainsi d'intimes relations

Par un pet impromptu qui sort du cotillon !

Et il faut bien du temps et de l'intimité

Pour se donner, au lit, le plaisir de péter !

 

Parlons un peu des sons et des modulations

Que le pet bien conduit offre à nos émotions

L'esthétisme du pet n'a pas été chanté

Je m'y efforce ici, pour enfin l'honorer !

 

Il est des pets fameux qui partent en trompette

Ceux qui sortent soudain alors que l'on s'apprête

A monter à cheval, et qu'écartant les cuisses

On permet à ce pet de s'esbigner en suisse !

 

Il est des pets flûtés qui sortent, s'éternisent

Et font à tous l'effet d'une petite brise

Légère et court vêtue, agréable à l'ouïe

Et qui ne choquent pas l'oreille de Louis.

 

Pas plus que les tympans de la chaste Louise

Puisqu'on appelle ainsi ce pet qui s'éternise !

Il est un pet discret que l'on nomme une perle

Qui ne rappelle pas le chant aigu du merle,

 

Mais qui survient parfois à un petit effort

Qui ne s'attarde pas, et part vite au dehors.

Ces pets –là sont parfaits pour celui qui s'ennuie

Et qui seul au logis entend tomber la pluie !

 

Il est des pets foireux qui nous couvrent de honte,

Que l'on ne peut nier, et qui du doigt nous montrent

Quand, au pantalon blanc, on voit une auréole

Où que la jupe en fleur a sali sa corolle !

 

Et le pet qu'on enflamme, y avez-vous songé ?

Ce pet des collégiens dont les yeux révulsés

Voient, de leur postérieur jaillir l'enfer de Dante,

Et rôtissent leurs poils d'une main imprudente !

 

Joseph Pujol, jadis, au temps du Moulin Rouge

Où s'amusait Lautrec, autant que dans les bouges,

Savait avec ses pets faire venir à lui

Toute la société, des plus grands aux petits !

 

Il emmagasinait, tout comme une baudruche

De l'air qui, mélodieux, évoquait sans embûches

Les plus beaux instruments : la flûte, le tambour

Contrebasse ou violon… En ses plus beaux atours,

 

Cet ancien boulanger, un enfant de Marseille

Venait au cabaret expulser ses merveilles

Vêtu d'un habit rouge à la culotte noire

En satin, découpée à l'endroit de l'histoire,

 

Et qui lui permettait d'éteindre les bougies

A trente centimètres, et de jour, et de nuit !

Qui a pu faire mieux que ce sublime artiste ?

A moins, qu'à l'imiter, vous vous mettiez en piste !

 

***

Eh comme on dit en Bretagne : "ça gaze ?"

Bizzzzzzzzz à tous de la ti'te youyou29

 

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